L’art israélien s’est toujours trouvé tiraillé entre deux directions contradictoires : la nécessité de répondre à ce qui se passait à l’extérieur, et le désir de se concentrer sur les préoccupations autonomes de l’art lui-même, la matière, la méthode et la définition. De plus, il s’est toujours développé dans un contexte complexe de tensions sociopolitiques, de guerre et de violence, un contexte dans lequel il est impossible de séparer la vie individuelle quotidienne de l’histoire et du mythe. La réponse de l’art à cette réalité chargée est complexe. Au départ, durant les premières décennies du XXe siècle, de nombreux artistes juifs ne pouvaient pas voir cette complexité, ou ne souhaitaient pas la représenter ; ils peignaient plutôt une image idéaliste, optimiste et souvent naïve, qui reflétait leur vision pleine d’espoir de l’avenir.
Le célèbre tableau First Fruits de Reuven Rubin en est un bon exemple. Rubin y représente la terre comme un paradis oriental, un lieu d’harmonie et de fertilité, le cadre parfait pour la naissance d’un nouveau type de Juif et la formation d’une identité israélienne native. Aux côtés de ces artistes, d’autres ont exprimé un engagement social et politique à travers leur art, dépeignant une réalité plus lucide dans le but de provoquer un changement. To the Aid of the Seamen de Naftali Bezem fait référence à la grève des marins qui éclata en 1951 et déclencha de vifs débats dans les kibboutzim israéliens sur la question de soutenir ou non la grève.
L’engagement envers l’art pour l’art fut une force puissante, de nombreux artistes se consacrant à la composition, à la ligne, à la couleur et à la matière, dans une tentative de définir la relation entre la réalité visible et l’acte créatif qui exprime l’esprit le plus intime de l’artiste. Yehiam de Yosef Zaritsky en est un bon exemple. Les figures humaines indistinctes qu’il a insérées dans la composition ressemblent à des zones de végétation, et elles communiquent une tension entre le naturel et l’humain, entre figuration et abstraction. De nombreux artistes se sont situés entre ces deux approches. Leur travail, riche de multiples strates, combine des préoccupations personnelles et collectives. C’est le cas de Larry Abramson, qui a dessiné sur des journaux de juin 1967, à l’époque de la guerre des Six Jours, un carré noir, un crâne, des contours de plantes et de planches, des fissures et des fragments.
Ces motifs sont présents dans son œuvre depuis de nombreuses années, aux côtés d’images faisant référence à l’histoire de l’art, comme le carré noir avant-gardiste de Malevitch et le crâne symbolisant la mortalité humaine. Ils prennent un nouveau sens lorsqu’ils sont lus à la lumière d’une chronique d’événements nationaux qui allaient changer à jamais le visage d’Israël.

